2nd jet du 1er chapitre.

Publié le par Jimmy

Après avoir relu avec attention les commentaires de mon lecteur le plus assidu, pour ne pas dire le plus critique, et après avoir parlementé avec lui pendant plus d'une heure sur G+ (c'est pas bien Lilian de surfer pendant le boulot :D), j'ai reprit mon 1er chapitre et j'y ais apporté quelques modifications. Je ne pensais pas qu'il était parfait mais je ne pensais pas le corriger de manière aussi drastique, en tout cas pour le contenu. J'avais laissé de nombreux passages flottés par eux-mêmes au milieu des paragraphes que j'imaginais en béton armé.

Pour les férus, voici la deuxième version de mon 1er chapitre :

"Assise face à lui, elle continuait de se lamenter sur sa journée passée au bureau, de la montagne de dossier dont elle avait la charge et qui la minait pour le reste de la journée, de son supérieur qui lui sortait les pires vacheries et qui louchait sur son décolleté et de ses collègues qui ne l’appréciaient guère et se démenaient pour l’éviter.

Phil l’écoutait, sans broncher. Hochant la tête de temps à autre histoire de prouver qu’il suivait le fil mais son attention était fixée ailleurs, accoudée au comptoir avec cette femme plantureuse dont il captait la voix éraillée par vague mesurée.

Il était arrivé un quart d’heure plus tôt qu’elle et avait choisi de s’asseoir sur cette banquette en cuir, dos au mur, de manière à pouvoir trouver une porte de sortie si jamais la rencontre tournait à la foirade.

Depuis une heure qu’ils étaient installés à cette table, elle n’avait presque pas touché à son cocktail alors que Phil entamait déjà sa deuxième pinte de bière. L’alcool l’aidait à garder son calme.

Lucie avait un physique ingrat et n’était pas dotée d’un très grand sens de l’humour : le duo gagnant qui assurait de conclure sans trop se fouler.

Ils étaient tombés l’un sur l’autre au détour d’une chatroom sur un site dédié aux célibataires. Les modalités d’usage expédiées, Lucie avait insisté pour qu’ils se voient dans les plus brefs délais. Elle semblait affamée et aux abois : l’affaire était gagnée d’avance. Il n’y avait plus qu’à porter l’estocade finale et celle-ci était supposée se produire le lendemain soir.

La toile est un endroit propice aux rencontres. L’époque où on faisait la connaissance de sa femme aussitôt sorti de l’adolescence et avec qui on se mariait juste après l’avoir mise enceinte est révolue. Le monde n’est plus comme ça. D’ailleurs plus personne ne reste marié bien longtemps.

Ils avaient convenus d’un endroit pour leur première soirée passés ensemble : un pub irlandais à la périphérie du centre-ville. Un endroit assez pittoresque au demeurant mais où Phil avait la bonne fortune de croiser une femme comme celle qu’il ne quittait plus des yeux depuis déjà dix minutes. Ses fesses débordaient du tabouret en cascade de chairs molles et son chemisier ne cachait en rien les bourrelets qui saillaient sous le vêtement trop étroit.

Le barman glissa un compact-disc dans la chaîne et un riff furieux sortit aussitôt des haut-parleurs fixés de part et d’autre du comptoir. Phil reconnut le morceau à la seconde – Elephants de Them Crooked Vultures – et il se surprit à imaginer cette femme danser sur cet air, faire onduler son corps tout en rondeurs comme pour l’hypnotiser.

C’est au moment où la musique se fit assourdissante que la belle inconnue choisit de quitter le bar, une cigarette coincée entre l’index et le majeur de sa main droite et un briquet dans l’autre, la tête tournée vers l’amie qui l’accompagnait.

« Tu ne veux pas aller t’aérer un peu, suggéra Phil à sa conquête d’un soir, une pointe d’empressement dans l’intonation de sa voix, et assouvir une vieille habitude ?

    T’es gentil toi. Je te rappelle que j’essaie d’arrêter.

    Tu ne vas pas me dire que tu n’as pas envie de t’en griller une là, maintenant ?

    C’est assez compliqué puisque ça fait un petit moment que je reçois la fumée des autres chaque fois que la porte du bar s’ouvre alors…

    Raison de plus.

Il l’observait à travers la vitre, il la regardait se mouvoir dans l’épais nuage de fumée qui sortait de ses narines et qu’elle recrachait d’une manière qu’il jugeait incroyablement sexy. Elle lui tournait toujours le dos comme s’il s’agissait d’un jeu et se mettait à rire chaque fois que son amie s’adressait à elle. Un rire de gorge, presque gras et qu’elle accompagnait de grands gestes qui ne faisait qu’attirer davantage l’attention sur elle. Il y avait quelque chose de communicatif dans ses gloussements qui emportaient les badauds dans un cortège d’hilarité.

Lucie venait de lui donner un argument de poids, pour lui éviter d’avoir à sortir, mais son esprit était résolument absorbé par ce qui se passait sur le trottoir et il n’eut aucune réaction.

    Tu m’écoutes oui ou non ? lui lança-t-elle, claquant volontairement son verre sur la table.

    Excuse-moi. J’étais…

    Qu’est-ce qu’il y a ce soir ? T’as l’air ailleurs.

À cet instant, il avait éprouvé le besoin de lui avouer que ses jérémiades sur sa journée merdique avait finit de le convaincre que ce rendez-vous était, en fin de compte, une immense connerie mais il ravala ses mots lorsque cette femme revint dans le bar, une odeur de monoï mêlée à celui du tabac trainant dans son sillage. De nouveau au comptoir, les deux amies se prirent en photo dans des poses tantôt comiques, tantôt suggestives.

    Phil !

    Pardon ?

    Je commence à croire que cette fille t’intéresse plus que moi.

    Qu’est-ce que tu vas chercher là ? fit-il sans conviction.

    Je ne comprends pas. On avait super bien accroché.

    Mais c’est toujours le cas.

Il mentait et elle n’y voyait que du feu.

    Alors qu’est-ce qui ne va pas ?

Au comptoir, Phil venait de se faire capter par l’amie de l’inconnue – une amie qu’il se souvenait avoir déjà vu quelque part, au collège ou au lycée peut-être – qui en fit part aussitôt à l’intéressée. L’homme se mit à rougir et bredouilla quelques mots.

    Tu as des ennuis, demanda Lucie, lui caressant le bras.

    Je ne veux pas en parler.

    Est-ce que je peux faire quelque chose ?

    Ce n’est pas pour me faire psychanalyser que je suis venu.

    Et moi qui te parle de mes petits tracas. Je suis désolée. J’me sens conne.

    Mais non. Pas du tout. »

Même si l’inconnue rondouillarde le branchait plus, Phil ne parviendrait pas à se débarrasser de Lucie – d’autant que provoquer une dispute dans ce pub ne lui serait pas d’une grande aide – et puis à son niveau, il n’avait pas le droit de dire non à une petite séance de baise ; son abstinence forcée n’avait que trop duré.

Il avala son verre d’une traite, saisit Lucie par le bras et se dirigèrent vers l’extérieur. L’inconnue et son amie les dévisagèrent et Phil remarqua le piercing qui pointait sous la lèvre inférieure de la ronde rigolote. Ils échangèrent un sourire et le couple disparut.

Arrivés à l’appartement, ils vidèrent les trois quarts d’une bouteille de vodka avant de faire l’amour sur le canapé du salon puis dans la chambre à coucher.

Dans la nuit Phil se releva, en sueur et les cuisses totalement endolories, car le nom de cette fille lui était revenu. Il la rechercha sur les réseaux sociaux et finit par tomber sur son profil. Par chance, elle venait de poster les photos de sa soirée passée au pub. Le pub.

Sur l’une, elles grimaçaient ; sur l’autre, elles tiraient toutes deux la langue. Des ados dans des corps de femmes. Et c’est après s’être rendu compte qu’un clou lui transperçait la langue, que Phil apprit enfin son prénom.

Grace."

Publié dans Roman

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