Chapitre 3

Publié le par Jimmy

Je poste le troisième chapitre de roman qui ne cesse de s'étoffer. J'essaie d'écrire un maximum de temps dans la journée mais je suis papa et mari alors j'ai quelques obligations qui me tiennent éloigné du clavier. Trouver le titre de mon roman m'a permis de débloquer pas mal de choses. Je sais à présent dans quelle direction aller. Fait assez rare : je connais la trâme de mon roman. Du moins dans les grandes lignes. Mais disons que je sais ce qui arrive aux personnages. Je n'ai pas vraiment fait de plan mais je sais ce qui se passe. Je sais vers quoi l'histoire doit aboutir. Mais je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps. Bonne lecture et n'hésitez pas à commenter. Merci.

"« Je pourrais y répondre maintenant », se dit-il, enthousiaste, « ou bien me le réservez pour plus tard. Après tout je peux lui faire croire que j’ai une vraie vie, que j’ai autre chose de plus important à faire que de flâner sur MN. »

Son ventre gargouilla. « D’ailleurs », reprit-il, se frottant sa bedaine naissante, « je mangerais bien un petit quelque chose. »

Il enfila un sweat-shirt trop large et gagna la rue. Le traiteur japonais n’était qu’à deux pâtés de maison. Un piètre sacrifice pour ensuite pouvoir déguster de délicieux assortiments de sushis et de sashimis. Le tout agrémenté d’un petit jus de litchi des plus rafraîchissants. Un établissement qui aurait très bien pu devenir sa cantine quotidienne si les prix n’étaient pas si élevés.

Les étudiants s’entassaient sur les trottoirs, un kebab dégoulinant de sauce dans une main ou bien une barquette de frites dans l’autre. L’attente ne fut pas longue chez le traiteur et Phil en sortit avec son sachet et une première canette de jus de litchi déjà à moitié vide. Sur le mur d’en face avait été placardé une affiche : Gossip allait donner un concert dans la plus grande salle de la ville. Le visage de Beth Ditto, d’une pâleur extrême et dont les paupières étaient fardées au possible, tranchait littéralement avec celui des autres membres du groupe, résolument plus classique. Jusque-là Phil ne s’était pas vraiment intéressé à leur style de musique mais il se ravisa à la vue du physique hors-norme de la chanteuse. Que lui arrivait-il ? Quel évènement lui avait fait changer de perspective ? Ce genre de femme était particulier. Le fantasme de nombreux hommes qui ne se l’avouaient pas vraiment et préféraient les prendre comme concubine plutôt qu’épouse.

Phil fit une halte devant la vitrine d’une salle de sport car un autobus s’était arrêté quelques mètres plus loin et qu’une foule d’adolescents se pressait dans sa direction. Il hissa son sachet à hauteur de poitrine pour éviter de recevoir un coup d’épaule maladroit et eut le temps de parcourir le flot, immobile. Les temps avaient changés. Les jeunes filles n’étaient plus celles qu’il avait connu. À son époque, lorsque des filles obèses avaient la mauvaise idée de se balader dans la rue, elles le faisaient généralement cachées sous d’énormes doudounes noires pour tenter de passer inaperçues et parfois même elles enfonçaient leur tête bien au fond de leur capuche pour éviter que quelqu’un ne les reconnaisse. Aujourd’hui, ces mêmes filles avaient l’air de jeunes femmes, maquillées à outrance, n’éprouvant aucune gêne à exhiber leur opulente poitrine quand elles ne fumaient pas pour grappiller une ou deux années de plus.

Une écolière look emo/piercing/mèches multicolores/bottes de cuir le dévora de son regard vert amande avant de se mordre la lèvre amoureusement et de s’éclipser en hurlant de rire, donnant d’énergiques coups de coude à la fille qui lui tenait le bras.

Phil s’apprêtai à remonter dans son appartement lorsque quelque chose accrocha son œil derrière la vitrine du club de fitness. Tous ces hommes et ces femmes qui entraient là et s’infligeaient tant de souffrance afin de pouvoir se supporter le matin face à leur miroir, installés sur ces machines barbares qui avaient la prétention de leur sculpter un corps ferme, musclé. Phil n’y croyait pas. Ils étaient pourtant des millions voire des milliards disséminés sur la surface de la Terre convaincus que, d’une certaine manière, leur passage dans ce club allait racheter toute la graisse et le sucre dont ils se goinfraient avant leur épiphanie sportive.

Mais pourquoi transpirer de cette manière devant tout le monde ? Pour faire culpabiliser ceux qui ne les avaient pas encore rejoints. Bien sûr. Et puis c’est une manière de mettre à part les pauvres âmes qui, malgré elles, sont sujettes à l’embonpoint, une forme de racisme mais à l’encontre de la rondeur. Une injustice des plus abjectes. Une manière de pointer du doigt ceux qui ne se trouvaient pas dans la norme. La norme ? Tant de paradoxe coexiste dans notre société actuelle que la normalité n’y a plus vraiment sa place.

Phil finit sa canette et regagna ses pénates, affamé.

Une fois le contenu du sachet déballé sur la table, il disposa les différentes préparations sur une grande assiette qu’il arrosa d’un mince filet de citron et transvida la sauce soja dans un petit bol qu’il plaça au centre de l’assiette. Il ouvrit une autre canette de jus de litchi et s’installa devant son ordinateur dont l’économiseur diffusait en boucle des dessins de super-héros. La demande d’ajout scintillait toujours mais il n’y prêta pas attention et choisit de regarder quelques épisodes d’une sitcom américaine qu’il avait téléchargée – lorsque cela n’était pas encore interdit par la loi.

Le casque vissé sur ses oreilles, Phil était absorbé par ce qui se jouait à l’écran. Les baguettes de bois allaient de l’assiette à sa bouche sans en perdre une miette.

La tour, qui symbolisait en réalisé une gondole de supermarché vue de profil, se dressa à nouveau mais cette fois le chiffre 3 brûlait à son sommet. Phil avait manqué non pas un mais deux signaux provenant de markNet. Il n’en pouvait plus d’attendre. La fenêtre vidéo réduite, il fonça sur le web. Contre toute attente, deux demandes d’ajouts lui avaient été envoyés : la première concernait une modeste maison d’édition à qui il avait soumit une nouvelle, sans grand intérêt donc ; et la seconde avait pour pseudo Gr@ce Hanatomee et pour avatar un motif tribal ; soit dit en passant elle avait plus en commun avec Callie Torres que Meredith Grey.

Mais ce n’était pas tout. Un message avait surgit à l’écran. Un message de Grace. Inespéré !

De : Gr@ce Hanatomee

Objet : ;p

Cc. J’étais hier soir à l’Irish pub avec Mel ma meilleure amie. Elle te connaît du bahut et c’est un peu grâce à elle si je t’écris ce petit mot. J’aimerais beaucoup que l’on aille boire un verre ensemble. Si tu es libre.

À très vite.

Kiss, Gr@ce."

 

Publié dans Roman

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