Chapitre 4

Publié le par Jimmy

Mon "roman" avance toujours. J'ai eu un peu de mal à trouver l'inspiration aujourd'hui alors que ma femme rt mes filles étaient de sortie alors j'ai regardé "Fenêtre secrète" pour essayer de me débloquer. Et ça a bien marché finalement.

C'est Djian qui a raison lorsqu'il dit qu'écrivain est un travail de tâcheron. On ne cesse de corriger. Même si il y a peu je ne le faisais pas vraiment. Je m'y suis mis et le résultat est bien meilleur.

Pour les amateurs donc, voici le 4ème chapitre de mon "roman". N'hésitez pas à commenter bien sûr. Bonne lecture :

"Elle lui avait écrit même après l’avoir vu la veille en compagnie d’une autre fille. Signe qu’elle n’avait pas froid aux yeux. En même temps, leur statut indiquait célibataire à tous les deux. Alors elle ne risquait rien à tenter le coup.

Phil avala encore quelques bouchées avant de débarrasser son assiette et de se faire couler un café.

Et c’est à cet instant que l’on frappa à la porte. Deux coups brefs suivis d’un très faible raclement de gorge. Détail anodin, s’il en est mais qui le mit tout de même sur la voie de l’identité de celui qui se trouvait de l’autre côté. Depuis qu’il occupait cet appartement, Phil s’était toujours débrouillé pour ne laisser personne grimper jusque sur son palier. Qu’il s’agisse du facteur ou bien d’un représentant de commerce.

Il n’y avait aucun nom sur la sonnette ni de paillasson devant sa porte : aucun signe qui aurait pu trahir sa présence. Il ne se serait pas tant inquiété s’il n’y avait pas eut ce raclement de gorge. Ce raclement. Il le connaissait, incrusté dans sa mémoire comme une tique dans un repli de la peau. Pas besoin de creuser bien profond, il restait en surface comme le souvenir d’un mauvais rêve.

« Phiiiiiil ? demanda-t-on.

Pourquoi avait-il fallut qu’il lui donne son adresse ? Pourquoi n’avait-il pas opéré comme pour les autres ? Une faiblesse qu’il ne se pardonnait pas dans des moments comme celui-là.

    Phil, quoi.

Il aurait aimé pouvoir se tirer par une fenêtre comme on faisait toujours dans les films en pareille occasion. Mais il y avait un risque non négligeable qu’il se brise quelque chose en échouant sur le trottoir. Et puis l’opportun aurait alors tout le loisir de le retrouver en bas et de lui demander ce qui lui était passé par la tête, pourquoi avait-il fallut qu’il agisse aussi bêtement. Et pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

    Allez ouvre-moi, ajouta-t-il de sa voix fluette et ô combien irritante.

C’était devenu une sorte de jeu. Ils se cherchaient sans vraiment s’en rendre compte. Il y en avait toujours un pour essayer de prendre le pas sur l’autre – le même depuis l’enfance. Et l’autre cédait toujours – le même depuis l’enfance.

    Je sais que tu es là, lui lança-t-il pour tenter de le faire réagir. Je t’entends piétiner ton plancher.

Phil se précipita en direction de la porte et l’ouvrit avec force :

    Qu’est-ce que tu me veux ?

    Tu ne me fais pas entrer ?

    Pour quelle raison ?

    Parce que je suis ton frère, déjà.

    Et tu penses que ça te donne le droit de débarquer comme ça.

    Etant donné que tu ne donnes pas de nouvelles, dit-il tout en desserrant l’écharpe nouée autour de son cou.

    Tu t’es dit tout naturellement que tu pouvais débarquer ici.

    Voilà. Et puis je suis de repos toute l’après-midi.

Son frère tendit le coup, tentant de passer la tête par l’entrebâillement de la porte et inspira profondément, les yeux clos et un léger sourire en coin avant d’ajouter :

    Y’a pas à dire ça fleure bon le café chez toi.

Ils se dévisagèrent durant un long moment. Phil sentait qu’il n’aurait pas le dessus. En fait, il songeait déjà à sa sortie avec Grace et n’avait pas la tête à ce combat de coq auquel son petit frère désirait l’entraîner. Déjà tout gosse, il avait une sainte horreur de tous ces jeux où il fallait retenir sa respiration le plus longtemps possible ou effectuer le plus d’abdominaux en une minute. Phil était revenu de tout ça ; mais pas son frangin.

    C’est bon. Entre, se résigna-t-il, découragé par avance de la tournure qu’allait prendre les choses.

Oui, il y en avait toujours eut un plus docile que l’autre. Toujours le même depuis l’enfance.

Marc prit place au salon après avoir retiré sa veste et son écharpe qu’il plia soigneusement sur le dossier d’une chaise.

    Et qu’est-ce que tu fais de beau ces temps-ci ? lui lança-t-il, s’enfonçant dans le sofa moelleux, les jambes croisées.

    Comme tu le vois rien de bien génial, rétorqua-t-il les mains pleines, évitant de se brûler avec la cafetière.

Il parvint au salon et posa son fatras sur la table. Le café versé, Phil s’assit face à son frère.

    J’aurais pu te le dire que tu ne fichais rien, fit-il, buvant une gorgée bouillante. Ce que je te demande c’est si ça change de d’habitude.

    Je ne sais pas, c’est à toi de me le dire : est-ce que quelque chose a changé ici ?

    Mais je ne te parle pas de ton mobilier.

    Bien sûr que non mais si ma situation avait changé, un tant soit peu, est-ce que tu penses que je serais encore à mon appart en pleine semaine ?

    Ah ça…

    Tu aurais pu me le dire, le coupa-t-il. Oui, je sais.

    Et tu comptes faire quoi ? lui demanda-t-il, ne lui laissant pas le temps de souffler. Tu penses attendre que le Pôle Emploi te trouve un job.

    Ce n’est pas vraiment à eux que je pensais pour faire bouger les choses, vois-tu ?

    Ah bon ? dit-il, surpris, s’étouffant presque à sa seconde gorgée. Y’a du progrès. Et on pourrait savoir à qui tu penses ?

    Moi, dit-il, presque fier.

    J’ai bien fait de venir dis donc. J’aurais pu rater ça. T’es sûr que tout va bien ?

    Qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce qu’il y a cette fois ?

Marc décroisa les jambes et s’avança au bord du sofa, intrigué avant de répondre :

    Je suis curieux de connaître la suite.

    Pour avoir une raison de te foutre de moi ? Je te connais.

    Je suis sérieux. Explique-moi. J’ai hâte d’entendre ce que tu as à dire.

    Écoute Marc, je n’ai pas besoin d’entendre tes sarcasmes. Tu me gonflais déjà quand on était môme et maintenant qu’on est adulte…

    Parce que tu es adulte ? demanda-t-il, prêt à éclater de rire.

Phil sentait sa rage proche d’exploser. Une rage ravalée depuis trop longtemps.

    Tu te pointes chez moi sans prévenir. Je te fais entrer même si je n’en ai pas tellement envie et tu te fous ouvertement de ma gueule. Tu penses vraiment que je vais supporter ça encore longtemps ?

    Et toi tu penses que je vais me laisser parler comme ça par un type qui n’est pas fichu de se dégoter un job ? Mais tu es qui pour me parler comme tu le fais là, hein ?

Poussé par la colère, Phil bondit de son siège et regarda son frère droit dans les yeux avant de rétorquer :

    Ton grand frère, Marc ! Je suis ton grand frère. Et tu me dois le respect !

    Du respect ? Tu veux du respect ? Mais ça se mérite le respect !

Marc se leva, se jeta sur sa veste et en sortit son portefeuille. Il l’ouvrit et s’empara des billets bien craquants qu’il renfermait avant d’invectiver son frère de son horrible voix de fausset :

    En voilà du respect ! Tiens, regarde ! J’ai autant de respect que tu n’en auras jamais dans toute ta vie de merde. Tu vois ?

Marc ne s’était jamais adressé à lui de cette manière. Phil s’était tut tout ce temps mais est-ce que cela avait servit à quelque chose ? Il sentait son petit frère s’éloigner davantage de lui. Eux qui, à un moment, avaient dû être proche n’étaient plus que des étrangers l’un pour l’autre.

    Tu crèveras seul avec ton respect et tout ton pognon, dit-il, écrasant une larme.

    Peut-être, mais je serais riche.

    Fout le camp de chez moi, fit-il la voix étranglée de sanglots.

    Avec plaisir. Espèce de minable. »

La porte se referma et Marc sortit de sa vie.

Depuis l’enfance, rien n’avait changé : il y avait celui qui cherchait à se démarquer, qui s’évertuait prouver qu’il était le meilleur et il y avait l’autre qui portait un amour démesuré pour son petit frère et qui ne comprenait toujours pas la raison de cette rivalité.

Phil s’effondra dans sa chaise de bureau, certain qu’une seule certitude prévalait désormais dans sa morne existence : il était condamné à demeurer loin des autres, incapable de tisser des liens durables – qu’il s’agisse d’amour ou d’amitié – sans que ceux-ci ne se désagrègent en quelques secondes."

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