Chapitre Premier (exclu)

Publié le par Jimmy

J'en parlais hier. Après une nuit à cogiter sur le fait de devoir poursuivre dans la veine de l'écriture, je me demandais au réveil si je devais pousser le vice ou s'il fallait que je jette l'éponge. J'ai posté les deux premiers paragraphes de ce qui doit être le premier chapitre de mon roman hier soir et un de mes relecteurs assidus - pour ne pas dire le seul et l'unique, Lilian - m'a conforté dans l'idée de continuer.

Grâce à lui, une évidence que je soupçonnais depuis quelques temps déjà m'a tout à coup sauter au visage : et si je n'étais doué pour écrire de la SF ou du Fantastique. Je peux très bien apprécié le genre sans pour autant être capable de le retranscrire. D'ailleurs, je ne lis que très peu de Science-Fiction. Un peu plus de Fantastique tout de même mais guère plus.

Pour être honnête, je lis plus volontiers des romans que l'on pourrait qualifier de "contemporains" comme par exemple des livres de Philippe Djian, John Irving ou encore Olivier Adam. Alors pourquoi me buter à vouloir écrire de la SFFF alors que j'en lis si peu ?

Ceci étant dit, je me consacre désormais à ce que je qualifierais de "roman contemporain". J'ai déjà tenté d'écrire des romans par le passé mais je ne suis jamais parvenu à en voir le bout, préférant dès lors essayer de voir "plus petit" en m'attaquant à la rédaction de nouvelles.

Comme je l'ai annoncé plus haut, voici le premier chapitre. N'hésitez pas à le commenter. Bonne lecture.


 

"Assise face à lui, elle continuait de se lamenter sur sa journée passée au bureau, de la montagne de dossier dont elle avait la charge et qui la minait pour le reste de la journée – même une fois rentrée chez elle – à son supérieur qui la faisait trimer plus que ses autres collègues et qui ne lui accordait jamais son mercredi après-midi, mais tout ce qui intéressait Phil était cette autre femme accoudée au comptoir et dont la voix rauque et légèrement cassée lui parvenait par vague.

Il était arrivé un quart d’heure plus tôt et avait choisi de s’asseoir à cette table, dos au mur : de manière à pouvoir observer les allers et venus des clients. Le meilleur moyen de trouver une porte de sortie si jamais la rencontre tournait à la foirade.

Depuis une heure qu’ils étaient installés à cette table, elle n’avait presque pas touché à son cocktail alors que Phil éclusait déjà sa deuxième pinte de bière. L’alcool l’aidait à lui redonner de la contenance ; surtout lorsqu’il s’emmerdait comme pendant cette soirée.

Lucie n’était pas d’une beauté folle et son sens de l’humour s’apparentait à celui d’une collégienne. Autant dire que se retrouver en sa compagnie n’était pas d’un grand intérêt mais il avait tout de même essayé de lui donner une chance. Et puis ça faisait un moment qu’il ne s’était pas dégourdi les jambes.

De nos jours, on ne drague plus vraiment dans des bars ou en boîtes de nuit. C’est sur la toile que l’on fait des rencontres. L’époque où on faisait la connaissance de sa femme aussitôt sorti de l’adolescence et avec qui on se mariait juste après l’avoir mise enceinte est révolue. Le monde n’est plus comme ça. D’ailleurs plus personne ne reste marié bien longtemps.

On passe son temps sur des salons virtuels, des chatrooms où on parle des heures, passant parfois des nuits entières à raconter sa vie sans être inquiété puisqu’on ne connaît pas la personne et que l’on n’est pas physiquement présent. Une manière de désacraliser cette pseudo-parade amoureuse. Une fois cette première étape accomplie, la rencontre dans la vie réelle n’est que l’aboutissement, la dernière phase pour véritablement savoir si cet autre nous correspond.

Ils avaient convenus d’un endroit pour leur première soirée passés ensemble : un pub irlandais à la périphérie du centre-ville. Un endroit assez pittoresque au demeurant mais où Phil avait l’espoir de croiser une femme comme celle qu’il n’arrivait plus à quitter des yeux depuis déjà dix minutes : ses fesses débordaient du tabouret en cascade de chairs molles et on pouvait compter sans problème les bourrelets qui voguaient sous son chemisier. Mais jusque-là, elle ne lui avait offert comme unique spectacle que sa nuque.

Le barman glissa un compact-disc dans la chaîne et un riff furieux sortit aussitôt des haut-parleurs fixés de part et d’autre du comptoir. Phil reconnut le morceau à la seconde – Elephants de Them Crooked Vultures – et il se surprit à imaginer cette femme danser sur cet air, faire onduler son corps tout en rondeurs comme pour l’hypnotiser davantage.

C’est au moment où la musique se fit assourdissante que la belle inconnue choisit de quitter le bar, une cigarette coincée entre l’index et le majeur de sa main droite et un briquet dans l’autre, la tête tournée vers l’amie qui l’accompagnait.

« Tu ne veux pas aller t’aérer un peu, suggéra Phil à sa conquête d’un soir, une pointe d’empressement dans l’intonation de sa voix, et assouvir une vieille habitude ?

    T’es gentil toi. Je te rappelle que j’essaie d’arrêter.

    Tu ne vas pas me dire que tu n’as pas envie de t’en griller une là, maintenant ?

    C’est assez compliqué puisque ça fait un petit moment que je reçois la fumée des autres chaque fois que la porte du bar s’ouvre alors…

    Raison de plus.

Il l’observait à travers la vitre, il la regardait se mouvoir dans l’épais nuage de fumée qui sortait de ses narines et qu’elle recrachait d’une manière qu’il jugeait incroyablement sexy. Elle lui tournait toujours le dos comme s’il s’agissait d’un jeu et se mettait à rire chaque fois que son amie s’adressait à elle. Un rire de gorge, presque gras et qu’elle accompagnait de grands gestes qui ne faisait qu’attirer davantage l’attention sur elle. Il y avait quelque chose de communicatif dans ses gloussements qui emportaient les badauds dans un cortège d’hilarité.

Lucie venait de lui donner un argument de poids, lui donnant un réel avantage dans cette futile bataille qu’ils venaient de débuter, mais son esprit était résolument absorbé par ce qui se passait sur le trottoir et il ne réagit même pas.

    Tu m’écoutes oui ou non ? lui lança-t-elle, claquant volontairement son verre sur la table.

    Excuse-moi. J’étais…

    Qu’est-ce qu’il y a ce soir ? T’as l’air ailleurs.

À cet instant, il avait éprouvé le besoin de lui avouer que ses jérémiades sur sa fichue journée merdique avait finit de le convaincre que ce rendez-vous était, en fin de compte, une immense connerie mais il ravala ses mots lorsque cette femme revint dans le bar, une odeur de cannelle mêlé à celui du tabac trainant dans son sillage. De nouveau au comptoir, les deux amies se prirent en photo dans des poses tantôt comiques, tantôt suggestives.

    Phil !

    Pardon ?

    Je commence à croire que je n’aurais pas dû venir ce soir. Tu n’es pas le même que sur le Net.

    T’es vache là quand même, fit-il sans vraiment croire à ce qu’il venait de dire.

    Je ne comprends pas. On avait super bien accroché.

    Mais c’est toujours le cas.

    Alors qu’est-ce qui ne va pas ?

Au comptoir, Phil venait de se faire capter par l’amie de l’inconnue – une amie qu’il se souvenait avoir déjà vu quelque part, au collège ou au lycée peut-être – qui en fit part aussitôt à l’intéressée. L’homme se mit à rougir et bredouilla quelques mots.

    Tu as des ennuis, demanda Lucie, lui caressant le bras.

    Je n’veux pas en parler.

    Est-ce que je peux faire quelque chose ?

    Ce n’est pas pour cette raison que je t’ai fait venir. J’voulais boire un verre, me changer les idées.

    Et moi qui te parle de mes petits tracas. Je suis désolée. J’me sens conne.

    Mais non. Pas du tout. Ça te dit de poursuivre cette soirée à mon appart.

Même si l’inconnue rondouillarde le branchait plus, Phil ne parviendrait pas à se débarrasser de Lucie-la-pot-de-colle – et provoquer une violente dispute dans ce pub ne lui serait pas d’une grande aide – et puis à son niveau, il n’avait pas le droit de dire non à une petite séance de baise ; d’autant que son jeûne avait duré assez longtemps pour lui.

Il avala son verre d’une traite, saisit Lucie par le bras et la conduisit à l’extérieur. L’inconnue et son amie les dévisagèrent et Phil remarqua le piercing qui pointait sous la lèvre inférieure de la ronde rigolote. Ils échangèrent un sourire et le couple disparut.

Arrivés à l’appartement, ils sifflèrent une bouteille de vodka avant de faire l’amour sur le canapé du salon puis dans la chambre à coucher.

Dans la nuit, Phil se releva en sueurs. Il s’était souvenu du nom de cette fille. Il la rechercha sur les réseaux sociaux et finit par tomber sur son profil. Par chance, elle avait posté une heure auparavant les photos de sa soirée passée dans un pub. Le pub. Sur l’une des photos, le nom de l’inconnue apparaissait.

C’est à cette époque que Phil s’amouracha de Grace."

Publié dans Roman

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Lonewolf 06/05/2012 19:17

Sûr, vu comme ça, c'est pas mon genre de prédilection :) Cela dit, c'est sympa et assez fluide, j'aime bien

Jimmy 06/05/2012 19:19



Merci :D. Bon c'est sûr si tu es plus branché Fantasy/SF/Thriller... c'est pas trop le style.