2ème chapitre

Publié le par Jimmy

Pour essayer de capter mon lectorat, voici mon 2ème chapitre. J'essaie d'entretenir le suspense et de motiver ce cher lecteur. La suite sera bien plus trash. Je commence gentil pour ensuite surprendre. Je ne peux pas balancer la sauce tout de suite comme le ferait Chuck Palahniuk. Et puis je n'ai pas son talent. Quoiqu'il en soit, voici mon second chapitre. Bonne lecture.

"Il émergea bien avant elle, son sexe toujours en érection comme si l’inconnue de la veille l’avait tenue en éveil durant toute la nuit. Cette femme qui avait pénétré son esprit et qui s’était mêlée à leurs coïts.

Sorti des toilettes, Phil se dirigea vers la cuisine où il fit couler un café. Il prépara deux tasses qu’il disposa sur la table de la cuisine. Lucie se glissa hors du lit, le salua rapidement de la main avant d’investir la salle de bains. Phil profita de ces quelques minutes pour relever sa boîte email et fouiner un peu sur la toile. Il y avait tout de même de forte chance pour que la belle inconnue ait questionné son amie. Cette amie que Phil connaissait. Et il était tout à fait possible que l’une ou l’autre lui fasse une demande sur ShelfEnd, le réseau social le plus populaire du web – du moins pour le moment.

« Tu aurais de l’après-shampooing ? lui hurla-t-elle de derrière le rideau de douche.

Absorbé par ses recherches, il n’entendit pas sa question et continuait de se balader de site en site. Rien ne lui interdisait de leur envoyer un message à toutes les deux. Juste pour voir. Même une nuit passée avec Lucie ne changerait rien à son statut sur SE. Coucher avec elle n’avait pas fait d’eux un couple. Il était tout aussi libre qu’avant.

Une plaisante odeur de café s’échappa de la cuisine. Phil coupa son ordinateur portable et versa le contenu de la cafetière dans une grande thermos. La porte de la salle de bains s’ouvrit et une Lucie toute pimpante en sortit :

    Tu ne m’as pas entendu ?

    Pardon. Entre le boucan de la douche et celui de la cuisine…

    Ce n’est pas grave. Je me démêlerais les cheveux ce soir. C’est pour ça que je me suis fait une queue de cheval. Ça te plaît ?

Il évita la question et lui servit une tasse d’arabica :

    Du sucre ou bien du lait ?

    Seulement du sucre. Merci.

    Je t’en prie.

Le fait qu’il n’avait pas de sentiment n’empêchait pas de bien se conduire. Et malgré sa politesse, il laissa le tintement des cuillères s’exprimer à sa place, préférant éviter tout dialogue avec elle. D’ailleurs peu de mots avaient été échangés hier soir après leur retour à son appartement.

Même une nuit de sexe intense n’était pas parvenu à la chasser de sa tête. Comment aurait-il pu ? Elle qui l’avait hanté jusque dans ses fantasmes. Et il se retrouvait avec le même problème que la veille au soir : Grace continuait d’occuper son esprit, gagnant plus d’espace, déambulant à présent entre le salon et la cuisine, sorte d’incarnation érotisée des Nanas de Niki de Saint Phale.

    Je me serais bien attardée ce matin mais j’ai une réunion à laquelle je dois assister. Ça ne m’enchante pas vraiment mais quand il faut…

    Je comprends, fit-il presque soulagé qu’elle s’en aille. En tout cas, avec tout ce que tu m’en as dit, il n’a pas l’air bien marrant ton boulot.

    Comme tous les boulots. Ça doit être pareil pour toi.

    Pas vraiment.

    C’est-à-dire ?

Phil s’était déjà retrouvé dans ce genre de posture délicate et il avait horreur de ça. Devoir se débattre avec les préjugés des personnes lambda et avoir à expliquer que ce n’était pas une tare de ne plus travailler pour le moment était usant pour le moral.

    Disons que j’ai perdu mon job et que je touche les indemnités chômage.

    Ah bon ? fit-elle, interloquée, terminant son café aussi vite qu’elle le pouvait, comme si elle cherchait à abréger la conversation qui s’était finalement établie entre eux. Et ça dure depuis quand ?

    Presque un an.

    Un an ?

Il sentit son visage gagné par un afflux de sang dont il n’était pas fier. Se retrouver en position de faiblesse était ce qu’il redoutait le plus. Elle ajouta, presque arrogante :

    Et tu n’as jamais pensé à te reconvertir dans autre chose ? Ou faire une formation. Tu ne peux pas rester toute une année sans rien faire.

    Mais je bosse quand même.

    Comment ça, tu ne viens pas de me dire que tu touchais…

    Si si, l’interrompit-il, un brin vexé, mais je m’emploie à quelque chose de plus « grand ».

    Plus grand ?

    Oui.

Il se leva de sa chaise et lui demanda de le suivre dans le salon. Autour de son ordinateur portable, des magazines étaient empilés au petit bonheur ainsi que des revues sur le cinéma, la science-fiction et le fantastique.

    Tu passes ton temps à lire. Je ne vois pas ce qu’il y a de si grand…

    Non, tu n’y es pas. Je ne fais pas que lire. J’écris.

    Tu écris ? Tu te prends pour un romancier ou quelque chose comme ça ?

    J’essaie en tout cas. J’ai participé à quelques concours et je réponds assez souvent à des appels à textes que lancent certains magazines.

    Ah ouais ? dit-elle, amusée, étouffant un rire. Et ça marche ?

    Jusque-là je n’ai encore aucune nouvelle de publiée mais c’est le but que je veux atteindre.

Au fil de la conversation, Lucie s’était dangereusement rapprochée de la porte d’entrée. Trop absorbé par ce qu’il lui racontait, Phil ne s’était rendu compte de rien et pensait, à tord, qu’elle s’intéressait à ce qu’il faisait de ses journées. Elle avait revêtu sa veste et prit son sac à main sans même qu’il s’en aperçoive et c’est au moment où la porte s’ouvrit que tout se fit jour dans son esprit.

    Bon, écoute on a tous des choses à faire.

    Attends, tu ne vas pas partir comme ça.

    Je viens de rater mon train. Je vais devoir prendre un taxi.

    Mais je peux t’amener si tu veux, fit-il, s’excusant presque de lui avoir tenu la jambe avec ses lubies d’écrivaillon.

    Non, je ne voudrais pas troubler… ton travail.

    Ça ne me dérange pas, je t’assure.

    On reste en contact, d’accord ?

    Oui, y’a pas de souci.

    Ah et au fait, romancier ça n’a jamais été un métier. Si tu veux un bon conseil : trouve-toi un vrai job ! »

La porte claqua et sonna la fin de leur conversation et aussi de leur relation ; si on pouvait parler en pareils termes de ce qui s’était passé la veille.

Il la vit s’éloigner du haut de sa fenêtre, une cigarette à la bouche et le portable à l’oreille ; elle qui était censé avoir arrêté.

Phil se retira lorsqu’elle ne fut plus qu’une tâche dans la foule matinale, sentant encore cette gifle mentale lui brûler les joues. Il avait la certitude que Lucie ne lui enverrait plus aucun texto et encore moins de message électronique. Mais était-ce si mauvais ? Avait-il vraiment besoin d’une femme comme elle dans son entourage ?

Encore que ce ne soit pas le fait qu’elle ait fichue le camp aussi rapidement qui le gênait le plus. Alors que sa remarque. Était-elle forcée de lui balancer ça en pleine figure ? Qui était-elle pour affirmer que romancier n’était pas un vrai métier ? Elle détestait son job et avait la nausée rien qu’à l’idée de s’y rendre alors que Phil adorait ce qu’il faisait même si ça ne lui rapportait pas un rond ; pour le moment.

Il retourna à son ordinateur et passa en revue la pile de magazines consacrée à la littérature. Tous ces noms sur les couvertures. Des noms dont peu de gens avaient entendus parler mais qui le passionnait, lui. Des types bourrés de talent qui attendaient, eux aussi, leur heure de gloire.

Or pour lui : aucune publication en vue ni d’email inattendu venant du responsable d’une obscure maison d’édition. Non, son quotidien était sans surprise. Et ce matin-là ne dérogeait pas à la règle. Même un énième coup d’œil à sa boîte email n’y changera rien. Alors il agit comme il le faisait habituellement lorsque quelque chose lui arrivait sur le coin de la figure et qu’il sentait monter en lui cette rage éruptive : il ouvrit une page de traitement de texte et frappa les touches du clavier aussi fort qu’il le pouvait.

Des mots apparaissaient sur l’écran. Des mots qui bout à bout devenaient des phrases. Et d’une manière dont il ne comprenait pas encore le cheminement, une histoire prenait forme sous ses yeux, sous ses doigts. La magie opérait ainsi, non pas tirée du néant mais de la colère qu’il ressentait. Est-ce qu’il provoquait sciemment ce mal-être qui lui permettait de trouver l’inspiration ?

La matinée fila, rythmée par les trajets salon/cuisine en quête d’une dose de café supplémentaire et des relectures multiples du texte qui prenait de l’ampleur et s’étoffait à chaque correction.

Un peu avant le déjeuner, il s’affala au fond de son fauteuil, visiblement épuisé par l’effort qu’il venait de fournir. Sans s’en rendre compte, il avait placé Grace au centre de son histoire. Elle l’obsédait. Pourquoi cet acharnement ? Pourquoi elle ?

      Le curseur clignotait au bout de la dernière phrase qu’il venait de taper lorsqu’une icône s’éleva de la barre de tâches. Une sorte de tour illuminée lui informant qu’il venait de recevoir un message ou que quelqu’un venait de commenter son profil sur ShelfEnd. Il s’y rendit aussitôt et vit qu’une demande d’ajout lui avait été envoyée : quelqu’un cherchait à entrer dans son rayond’amis."

Publié dans Roman

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